Rendre Possible - Les études au service de la décision publique

Enseignements

DIMITRI BLONDEL

Responsable des études socio-économiques Société des grands projets

ENSEIGNEMENTS

« La pertinence d’un projet repose sur une vision prospective partagée du territoire. »

À partir de l’expérience du Grand Paris Express, Dimitri Blondel, responsable des études socio-économiques à la Société des grands projets, explore la place de l’incertitude dans la décision publique. Il éclaire également la manière dont ces enseignements redéfinissent aujourd’hui la conception des projets de mobilité, en particulier des Services express régionaux métropolitains.

Quels sont les impacts des marges d’incertitude des projets sur la pertinence des décisions publiques ?

D. B. : L’incertitude est une donnée constitutive de toute démarche prospective, quels que soient les modèles utilisés. Dans les études socio-économiques, nous travaillons classiquement avec des marges de l’ordre de plus ou moins 20 %. Cela signifie que nous produisons des cadres de lecture, pas des prévisions exactes. La difficulté apparaît lorsque ces marges d’incertitude se superposent à des objectifs de transformation des usages. Les SERM posent précisément cet enjeu car ils visent à provoquer un changement de comportement dans des territoires très dépendants de la voiture. Il ne s’agit pas seulement d’absorber une demande existante, mais de créer les conditions d’un report modal massif. Les modèles actuels, centrés sur le temps, le coût et la fréquence, ont du mal à qualifier ce basculement potentiel. Cela limite leur capacité à éclairer pleinement la décision.

Le Grand Paris Express est un laboratoire à grande échelle. Comment ce projet transforme-t-il votre vision de la prospective et de l’évaluation ?

D. B. : Le Grand Paris Express est un projet profondément transformationnel, bien au-delà de la seule question des transports. Il vise à structurer le développement urbain, à renforcer l’attractivité économique et à rééquilibrer les territoires. Ces effets étaient largement hors champ des méthodes d’évaluation classiques. La Société des grands projets a donc fait le choix de mobiliser la recherche en économie des transports et de développer des outils pour intégrer ces différents effets à l’évaluation du projet et la porter au débat public. Les outils de prévisions sont également mobilisés pour la conception de l’infrastructure. Pour que celle-ci soit robuste face à l’incertitude, nous avons utilisé plusieurs modèles de prévisions de trafic dont on a croisé les résultats, avec des coefficients d’incertitude. Ainsi, le projet a été conçu avec des marges de manœuvre assumées : longueur des quais, automatisation, cadencement, dimensionnement des gares. Cette capacité d’ajustement permet d’absorber les écarts entre prévisions et usages réels.