D. B. : Le premier enseignement, c’est que la pertinence d’un projet repose sur une vision prospective partagée du territoire. Les modèles ne suffisent pas ; ils doivent être mis en débat avec les collectivités, les agences d’urbanisme, les autorités organisatrices. Le second, c’est l’évaluation comme outil de pilotage. Sur le Grand Paris Express, les hypothèses ont été régulièrement confrontées à la réalité, notamment lors de la crise sanitaire, qui a profondément modifié les pratiques de mobilité. Les outils ont évolué en conséquence, avec par exemple la mise à jour des modèles de trafic pour intégrer les dernières enquêtes de comportements. Le troisième est relatif au traitement de l’incertitude et cette logique de marges de manœuvre intégrées dès la conception. Plutôt que d’optimiser à l’extrême sur la base d’hypothèses fragiles, nous avons fait le choix de projets robustes, capables d’évoluer dans le temps.
D. B. : On ne supprimera jamais l’incertitude, et il ne faut pas en donner l’illusion. En revanche, on peut mieux l’encadrer, la rendre plus lisible et plus productive pour la décision publique. Cela passe par le croisement des modèles, par des scénarios de rupture, par des tests de sensibilité, mais aussi par le développement de nouvelles approches, comme les modèles multi-agents, qui permettent de représenter précisément les parcours individuels sur une journée complète. Notre ambition est de faire évoluer la prospective vers une approche plus dynamique, capable d’accompagner les transformations des territoires plutôt que de simplement prolonger le passé. Les SERM sont un terrain d’études majeur pour franchir ce cap.
D. B. : Oui, cette méthode fondée sur l’expérimentation, le partage des hypothèses et des outils avec les partenaires locaux, l’évaluation continue et le réajustement constitue aujourd’hui un socle pour les Services express régionaux métropolitains. Elle traduit une conviction forte : mieux décider, ce n’est pas prétendre tout prévoir, mais se doter d’outils, de marges et de gouvernances capables d’évoluer avec les territoires.