Les choix de mobilité ne reposent pas uniquement sur des variables quantifiables comme le temps ou le coût. Ils sont fortement influencés par des facteurs psychosociaux : habitudes, normes, représentations, perception du confort ou de la sécurité. Si ces dimensions sont reconnues comme essentielles pour comprendre le report modal, elles sont difficiles à mesurer, à traduire en paramètres chiffrés et à intégrer dans des modèles explicables aux décideurs.
L’enjeu n’est pas de tout modéliser immédiatement, mais de progresser par étapes. Cela passe par le croisement des approches quantitatives et qualitatives, le développement d’indicateurs intermédiaires (fiabilité, robustesse, qualité de service) et une transparence accrue sur les hypothèses retenues. L’objectif est d’enrichir progressivement les modèles, sans en compromettre la lisibilité ni la crédibilité. La recherche académique dans des domaines qui ne sont pas intégrables dans des modèles classiques doit être au cœur de ces leviers pour mieux prédire les comportements individuels et collectifs. C’est notamment comprendre que certains critères sont changeants dans les choix de mobilité, qu’ils sont liés à une attractivité de l’offre qui dépasse les critères objectifs des modèles.
Pour produire des prévisions pertinentes, les projets doivent interroger l’ensemble des modes de déplacement et leurs interactions. Or, les projets de mobilité restent le plus souvent conçus et arbitrés par segments sans toujours intégrer pleinement les effets croisés entre transports collectifs, voiture, vélo, marche ou covoiturage. Ce morcellement limite la capacité des modèles à intégrer l’ensemble des leviers d’action publique.
Il s’agit de repositionner les projets comme des systèmes de mobilité, et non comme des réponses modales isolées. En interrogeant dès l’amont l’articulation entre les modes et leurs conditions d’usage, la maîtrise d’ouvrage peut affiner les hypothèses, affiner la justesse des prévisions et mieux éclairer la décision.